Accueil Vigny Association Bulletin Nous écrire Sommaire Présence de Vigny retour suite
Biographie
Le mariage
Voici qu’à Pau il rencontre sur les promenades deux jeunes personnes escortées par un gentleman haut  en couleurs : Hugh Mills Bunbury. C’est un riche propriétaire anglais, qui circule à travers l’Europe dans une  roulotte somptueusement aménagée. Les deux jeunes femmes à ses côtés sont sa seconde épouse, Alicia, et sa  fille d’un premier mariage, Lydia. Celle-ci s’éprend follement du bel officier blond. Vigny s’enflamme à son  tour. Il ne sera pas facile d’obtenir le consentement du père de Lydia, ni celui d’Amélie de Vigny.  Ce mariage, parlons-en ! Tout le monde l’a cru d’intérêt : « Un peu d’or au pied de l’albâtre, cela lui sied  », murmurera Sainte-Beuve, le faux ami. — D’or, guère (pour l’heure du moins), et le jeune homme le sait,  comme l’atteste une lettre à sa fiancée :  « Ne nous affligeons plus, chère Lydia. […] Je vais écrire à ma mère, mais comme elle n’a pas le même  cœur que moi pour vous, je ne lui dirai pas la dureté avec laquelle M. votre père a refusé un mot d’écrit qui attestât la part que vous auriez à son héritage. Vous avez vu aussi qu’elle ignore que vous n’avez aucun revenu actuel —  Il faut éviter de le lui faire savoir. » « Chère Lydia » ? Oui, très chère. En 1827, deux ans après son mariage, Vigny se rend au Maine-Giraud,  après le décès de sa tante Sophie ; seul dans le manoir, il note dans son carnet intime : « En dormant, j’appelle  tout haut ma Lydia chérie, mon ange […] Je pense toujours à ma Lydia chérie et au moment de la revoir.» Mais très vite, après deux accidents de maternité, Lydia va changer. Des malaises apparaissent :  migraines, fluxions de poitrine, mauvaise circulation, couperose, emphysème. Elle doit de plus en plus souvent  garder le lit. Et elle grossit, devient énorme. Lydia se déplace avec peine, son esprit aussi s’engourdit. Louis  Ratisbonne la décrira ainsi : Massive, hommasse, comme nouée, devenue à demi aveugle, elle avait autant de  peine à se mouvoir qu’à parler.   Telle quelle, Vigny l’entoura des soins les plus tendres, des prévenances les plus chevaleresques.  Et une jeune compatriote de Lydia, Henriette Corkran, précisera :  « Madame de Vigny, anglaise de naissance, était une étrange vieille dame, bien plus âgée que son mari  [elle avait, en réalité, trois ans de plus que Vigny], d’une extrême simplicité et pleine de gentillesse, mais tout à fait à l’opposé de ce que l’on imagine devoir être la femme d’un poète. […] Monsieur de Vigny se montrait toujours  prévenant et courtois envers cette épouse bizarre et âgée. Je me rappelle qu’il l’appelait : ‘Ma chère Lydia’ ». Avec le temps, Vigny dira aussi : « Ma chère enfant », « Ma pauvre enfant », et innombrables sont les  lettres où il se montre garde-malade assidu :  « Je ne l’ai pas quittée deux jours depuis notre mariage à cause de la délicatesse de sa santé, si forte en  apparence. Ma présence lui est plus nécessaire que jamais ; elle ne peut ni marcher, ni supporter la voiture. » « Frère hospitalier, vertu de femme, écrit-il humblement ; mais si je vaux quelque chose, c’est par là. »   C’est une énigme que cet amour inlassable voué par Vigny, en dépit des passions étrangères, à cette épouse qu’il  n’a cessé de chérir. Lien mystérieux et indestructible. Il y a tant de façons d’aimer !