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Biographie
L’officier, les débuts en poésie
Le retour de Louis XVIII change ses projets : il ne prendra pas « la couleur jaune de l’École ». Ses  parents obtiennent pour lui un brevet de lieutenant de cavalerie pour servir comme Gendarme de la Garde dans  l’une des quatre « Compagnies rouges » de la Maison du Roi. L’équipement sera à leur compte : un sacrifice  d’argent ; mais l’adolescent (il a dix-sept ans) arbore un bel habit rouge, un grand manteau blanc, un casque noir  et des épaulettes d’or.  Brève satisfaction. Napoléon revient de l’île d’Elbe. Comme son aîné Lamartine, Vigny suit la retraite  du vieux roi vers la Belgique, sur la route boueuse et détrempée des Flandres. Il peindra ces heures poignantes  dans le premier récit de Servitude et Grandeur militaires.  À la seconde Restauration, il est nommé dans la Garde Royale, qui s’est substituée à la Maison du Roi,  mais passe dans l’infanterie. Il va connaître la morne vie de garnison. Mais il découvrira avec sympathie les  humbles soldats, les obscurs, ceux qui ne savent pas qu’ils sont des héros. Il préfère leur compagnie à celle de  beaucoup d’officiers de son âge. Bientôt, il publie ses premiers poèmes. Sa lucidité s’est éveillée tôt ! Il a pris conscience du tragique de  la condition humaine : déjà il pressent « l’accusation / Qui pèse de partout sur la création »,  déjà il esquisse ses  grands thèmes :  “La mort de l’innocence est pour l’homme un mystère, Ne t’en étonne pas, n’y porte pas les yeux ; La pitié du mortel n’est point celle des cieux. Dieu ne fait point de pacte avec la race humaine.” De la Bible, lue assidûment, il a retenu surtout l’image d’un Dieu redoutable et toujours il plaidera  passionnément pour l’homme contre les forces qui l’écrasent. La première page connue de son Journal en dit  long sur ce qu’il reste de foi au jeune officier légitimiste et bien-pensant, quelques lignes saisissantes :  “Les prêtres disent que son âme est dans le ciel auprès des anges et qu’ils l’ont vue monter. — Je n’en  sais rien ; ce que je sais, c’est que son corps sans chair est resté sur la plage, que l’oiseau de mer repose sur ses  côtes transparentes comme sur une branche d’arbre,   Et que le vent du Nord siffle à travers ses os.” Mais il y a les permissions et Vigny, avec ses amis, les frères Deschamps, puis Victor Hugo, fréquente  les salons de Paris et les cercles littéraires : chez la princesse de Béthune, la duchesse de Maillé, la princesse de  Beauvau-Craon, Mme Ancelot ; chez Nodier, à l’Arsenal. On récite des vers, on se congratule mutuellement, on  valse beaucoup et l’ange Alfred fait battre les cœurs ; entre autres, celui de la très belle Delphine Gay, poétesse  blonde, éclatante, malheureusement sans fortune, poussée  par une mère trop bruyante, ancienne belle du  Directoire, que Mme de Vigny n’admet pas.  À la fin de 1822, la France envoie des troupes pour soutenir en Espagne Ferdinand VII, dont vacille le  trône. Vigny, qui vient de monter en grade, demande à passer comme capitaine dans un régiment de ligne ; il  espère une campagne rapide, brillante : « Rendre son trône à un petit-fils d’Henri IV ! »   Déception : en 1823, il ne va pas au-delà de Bordeaux ; mais c’est là qu’il écrit Éloa. En 1824, la guerre  finie, son régiment est intégré à la division de réserve des Pyrénées ; il navigue entre Pau et Oloron, admire les  Pyrénées et dans ce cadre écrit Le Cor, qui deviendra son poème le plus populaire.