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A propos d’Alfred de Vigny
1862-1867  À la fin de 1861, Alfred de Vigny tombe malade et il n’a bientôt aucun doute sur la gravité de son  état. Son épouse meurt en décembre 1862. Période crépusculaire propice aux testaments.   Quand Vigny confiait à Charles Fournier ne pas aimer à publier ses vers, il laissait entendre que ce  serait après lui qu’on pourrait enfin lire ses « Poèmes philosophiques » dans leur globalité. Le plus important  des testaments de Vigny est donc un testament poétique. Le recueil des Destinées est achevé quelques  semaines avant la mort du poète, en 1863. La dernière strophe du dernier poème, « L’Esprit pur », transforme  explicitement le recueil en legs à la Postérité :  Jeune Postérité d’un vivant qui vous aime! Mes traits dans vos regards ne sont pas effacés. Je peux, en ce miroir, me connaître moi-même ; Juges toujours nouveaux de nos travaux passés!  Flots d’amis renaissants ! — Puissent mes Destinées  Vous amener à moi, de dix en dix années Attentifs à mon oeuvre, et pour moi c’est assez ! En même temps qu’il rédige ce testament idéal, Vigny dispose de ses biens matériels, c’est-à-  dire  de ce qu’il possède mais aussi de la valeur posthume de ses oeuvres. Le 6 juin 1863, avec sa prudence  coutumière, il tente de tout prévoir de ce qui doit advenir après lui :  « Ceci est mon testament. Par le présent acte, je nomme et institue ma Légataire universelle de tout ce que je possède de Biens  immeubles et meubles, Terres, capitaux, mobiliers, etc., etc. : Madame Louise Lachaud (née Ancelot) domiciliée à Paris Rue St-Dominique-St-Germain n°16 à la  charge de faire fidèlement et instantanément exécuter mes volontés et mes réserves, les Dons et Souvenirs à  diverses personnes qui m’ont été chères en suivant l’ordre des mesures et des démarches, qui seront plus tard  déterminées de ma main par plusieurs codicilles.  Une seule Propriété d’une Nature particulière, séparée, c’est-à-dire : la Propriété Littéraire de mes  oeuvres est réservée et léguée de Père en fils (pour passer et être transmise à ses héritiers) à Monsieur : Louis Ratisbonne, mon cher et honorable ami, domicilié à Paris, avenue de S[ain]t-Cloud, 121 — aux conditions stipulées dans mon testament partiel relatif aux affaires Littéraires. [...] Codicille Littéraire de mon Testament Alfred de Vigny Après avoir étudié et éprouvé l’excellence d’esprit et de coeur de mon ami Monsieur Louis  Ratisbonne, je l’institue et nomme propriétaire absolu et légataire de mes œuvres sous toute forme, qui ont été  publiées jusqu’à ce jour. Livres et Théâtre n’auront, en l’absence éternelle de l’auteur, d’autre autorité que la  sienne et il y tiendra ma place en tout. [...] Il sait que l’expérience a démontré que pour exciter et renouveler la curiosité publique les éditeurs  souillent par des préfaces et des annotations douteuses, quand elles ne sont pas hostiles, perfides et  malveillantes, les éditions posthumes des oeuvres célèbres. C’est pour mettre à tout jamais mon nom à l’abri de ces insinuations littéraires flétrissantes et  dangereuses que mon ami Monsieur Louis Ratisbonne veut bien accepter ce modeste legs. [...] » On ne saurait penser à tout ... et Vigny était persuadé bien faire. Malheureusement, ces précautions  vont être interprétées d’une manière assez étonnante par les intéressés.   D’une part, alors qu’il paraît évident que la volonté de Vigny était de léguer tous ses biens (meubles  et immeubles) à Louise Lachaud et d’instituer Louis Ratisbonne son ayant-droit (garant de son œuvre et  bénéficiaire des profits qui pourraient en découler), le notaire chargé de la succession se livre à un  invraisemblable partage des manuscrits laissés par l’auteur. La répartition semble être faite arbitrairement, à  la hâte ; curieusement, les manuscrits des poèmes formant le recueil des Destinées  restent chez les Lachaud  (même s’il incombe à Ratisbonne de les publier), tandis que ceux des oeuvres anciennes (Cinq-Mars,  Chatterton, etc.) sont remis au « cher et honorable ami ». D’autre part, Ratisbonne ne se contente pas de  publier Les Destinées. Ayant également reçu quelque soixante-dix cahiers de notes autographes de Vigny,  son « Journal », il entreprend d’en préparer une publication anthologique, justifiant sa décision par l’autorité  de substitution que lui a conférée le « Codicille Littéraire » de juin 1863. En 1867, dans la préface du recueil  intitulé par lui Journal d’un poète, il s’explique sur ce point :   « Alfred de Vigny me montrait quelquefois dans sa bibliothèque de nombreux petits cahiers cartonnés,  où il avait depuis longtemps jeté au jour le jour ses notes familières, ses memento, ses impressions courantes  sur les hommes, sur les choses surtout, ses pensées sur la vie et sur l’art, la première idée de ses œuvres faites  ou à faire. Et, quelques jours avant sa mort, il me dit : ‘Vous trouverez peut-être quelque chose là.’ J’y ai  trouvé l’homme tout entier. » Quatre ans après la mort de celui qui se méfiait tant des éditions posthumes, commence donc  l’époque troublée des publications de fragments inédits ... 
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